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L’innocence perdue : un Américain au Vietnam

Ecrit par Horizon Vietnam

Couverture du Livre "L'innocence perdue"

Connaissez-vous ce livre : L’innocence perdue : un Américain au Vietnam ?
Impossible de passer à côté de ce livre si l’histoire du Vietnam nous intéresse, principalement la guerre du Vietnam lors de la présence américaine.
Écrit sur une période de 16 ans par le journaliste Neil Sheehan, ce livre a reçu le « National Book Award » en 1988 et le prix Pulitzer en 1989.
Personnellement, je n’arrive pas à m’attacher au personnage principal (le soldat américain John Paul Vann) de ce livre. Mais à travers son expérience on sort convaincu que cette guerre était absurde et que les États-Unis ne l’auraient de toute façon jamais gagnée.

Lorsque les Américains s’engagèrent dans cette guerre (sans doute la plus cruelle du siècle dernier), les responsables des forces armées étaient atteint de ce que l’auteur appelle « le syndrome du vainqueur ».
Après leur victoire contre les Allemands et les Japonais, l’armée américaine et toute la bureaucratie civile, l’élite politique, universitaire, le monde des affaires… tous étaient convaincus que rien ne pouvaient leur résister, qu’ils étaient investis d’une mission consistant à rétablir le droit et la justice sur toute la surface de la terre.
Malheureusement, justice, droit et liberté ont été synonymes de violence, d’oppression et de cruauté.
On apprend par exemple que dans une certaine circonstance le Général Depuy (commandant de la 1ère division d’infanterie) aurait dit : « La solution au Vietnam, c’est plus de bombes, plus d’obus, plus de napalm, jusqu’à ce que l’autre craque et abandonne ».
Nous lisons également avec stupeur que le chef de la République Vietnamienne Ngô ?ình ?iêm (président de 1954 jusqu’à son assassinat en 1963) avait placé son frère Ngô ?ình Nhu comme chef de son parti politique.
Il faut savoir que Ngô ?ình Nhu était un opiomane reconnu et un fervent admirateur d’Hitler et de Lénine.
A l’image des « chemises brunes d’Hitler« , il avait créé la « Jeunesse Républicaine » qu’il avait affublé de chemises, bérets et pantalons de couleur bleu. Ces derniers devaient mettre un genou à terre devant lui et dresser le bras en un salut fasciste.
Folie, dérèglement mental, je ne sais pas mais cela est déconcertant de bêtise et d’arrogance.

Général Américain DePuy : Mars 1966 il prit le commandement de la 1re Division d'infanterie (le "Big Red One") Ngô ?ình ?iêm : Président au Vietnam de 1954 jusqu’en 1963Ngô ?ình Nhu Petit frère du Président Ngô ?ình ?iêm

Ce livre a été pour moi une occasion supplémentaire de réfléchir au comportement humain et aux souffrances que la mise en œuvre d’idées extrêmes et d’utopie politique peuvent générer.
Je pense que la guerre du Vietnam n’a jamais été un vrai combat mais un massacre : terres calcinées, barbarie, une génération de jeunes hommes et de jeunes femmes entrés dans une lutte sans merci et féroce ou l’on versait son sang et celui des autres.
Du côté américain, beaucoup sont entrés dans l’armée et se sont engagés dans cette guerre en pensant servir la cause de la liberté et participer à une croisade morale.
La plupart sont revenus avec le sentiment d’avoir été trompés.
Un vétéran de la guerre du Vietnam (Michael Molina) a donné son témoignage et a dit : « Je revenais le cœur rempli d’amertume et de haine. J’étais désormais un inadapté, plus du tout patriote ».
Du côté vietnamien, l’endurance, la rage, l’ingéniosité à faire trembler les américains étaient de mise. Se fondant sur leur tradition patriotique, les vietnamiens ont manifesté une remarquable pugnacité que seul un peuple « envahi » peut manifester avec bien sûr son cortège de souffrances et de désillusions.
Une génération d’adolescents est partie pour le front. Il en est revenue une génération d’hommes sans jeunesse.
« La guerre est un monde sans foyer, sans racine, une errance pitoyable, grandiose, sans fin, un monde sans hommes, sans femmes, sans sentiments, sans désirs, le monde le plus désolant, le plus désespéré, le plus effrayant qu’aient pu inventé les hommes. Il n’y a aucune chance d’échapper à sa propre dégénérescence. Il n’y avait plus rien dans ce monde terrible, étouffé, tassé à l’extrême : ni soleil, ni air, ni respiration. Il n’y avait plus d’hommes , plus d’humanité, de miséricorde…« .
Il s’agit ici d’un extrait du livre « Le chagrin de la guerre » de Bao Ninh qui exprime ce que beaucoup de vietnamiens ont ressenti à l’issue de cette guerre.

Bombes au Musée d'histoire militaire à HanoïSoldats americains au Musée d'histoire militaire à HanoïAvions américains abattus (Musée d'histoire militaire à Hanoï)

Bien sûr, il ne s’agit pas ici de « refaire » l’histoire, il est trop facile de juger les autres et de recomposer le passé tranquillement assis derrière son ordinateur avec un clavier entre les mains. Et puis trop d’éléments nous échappent pour prétendre apporter un avis équitable et éclairé sur l’histoire.
Mais la guerre n’est pas inscrite dans nos gènes et je pense que nous devons tout faire pour garder notre « humanité ».

Le livre de Neil Sheehan peut nous inciter à aller un peu plus loin dans notre réflexion pour que plus jamais au Vietnam ou ailleurs nous ne perdions notre innocence.
Je vous souhaite une bonne lecture.

Horizon du Vietnam

Horizon du Vietnam

Sources ayant servies à réaliser ce billet :
Général DEPUY : http://en.wikipedia.org/wiki/William_E._DePuy.
Livre : « Le chagrin de la guerre » de Bao Ninh, éditions Picquier.
Image de Ngô ?ình ?iêm : « Ho Chi Minh, de l’Indochine au Vietnam » de Daniel Hémery, éditions Gallimard, p.120.
Image de Ngô ?ình Nhu : de nombreux sites utilisent cette image en noir et blanc (taper Ngô ?ình Nhu sur Google).
Périodique : Réveillez-vous du 22/10/2005 p.11-15

4 Réponses à ce jour

Bonsoir,
Quelles que soient les raisons, la guerre n’est pas justifiée. Avec le recul, on trouve toujours des théories et des justifications en tous genres et de tous bords. Compte tenu de l’évolution de la société vietnamienne, on peut se demander ce que signifie vraiment gagner la guerre, une guerre qui n’est jamais seulement militaire.
Cordialement, Trang

Je pense que la guerre se perd toujours…c’est mon avis pour l’avoir vécu indirectement (voir l’article : « la guerre du Vietnam et ses séquelles » et en écoutant les récits vécus par ma femme. La reconstruction est possible avec beaucoup de temps et d’amour.

Bonsoir,
Sans être totalement inutiles, les polémiques sans fin à propos des guerres d’Indochine et de l’Amérique au Vietnam se révèlent bien stériles. A chacun sa vérité, disait Pirandello… Parfois, Il vaut mieux perdre ici et savoir perdre pour gagner ailleurs. Quand l’homme de la rue au Vietnam rêve de l’Amérique, la victoire n’était sans doute qu’illusoire, surtout compte tenu de l’énormité des pertes et sacrifices. Si éloignée de l’amour et de la conscience, une reconstruction d’ordre essentiellement économique dans le contexte actuel relèverait de l’irresponsabilité et de l’incompétence.

Votre remarque sur la reconstruction d’ordre économique est tout a fait vraie. Des améliorations dans ce sens sans tenir compte des aspects éducationnel et moral entraine une dégradation de la société.

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