La guerre du Vietnam et ses séquelles

Me voilà de retour après plusieurs mois de silence total.
Impossible d’aligner plusieurs mots de suite depuis le mois de Mai 2009.
Panne d’inspiration et encre sèche malgré un foisonnement d’idées et un désir intense de communiquer à travers le blog.
La raison ?
La disparition d’un vétéran du Vietnam qui n’est autre que mon père…
Oui, à l’âge de 82 ans, mon père a décidé de déposer les armes le 06 Juin 2009 vers 10h00.
Exactement, le jour de la commémoration du débarquement des Alliés en Normandie, un peu comme s’il avait voulu demander humblement à toutes les personnalités réunies dans cette circonstance de lui manifester une dernière fois un tout petit peu d’honneur.
Mais pourquoi parler d’un évènement aussi intime sur un blog accessible à tous ?
Tout simplement parce que durant toute la dernière nuit passée sur notre bonne vieille terre meurtrie par la guerre, mon père n’a cessé d’appeler son ami décédé au Vietnam 55 ans plus tôt.
Mon père n’a pas appelé ses enfants, sa femme, Dieu ou tout autre personne, mais son compagnon d’armes, celui qu’il avait côtoyé dans les moments les plus intenses, les plus insoutenables de sa vie.
Oui, après avoir donné une partie de sa jeunesse et de sa vie, après avoir versé sa sueur et son sang, après avoir affronté le danger et la mort, après avoir perdu une partie de sa santé mais aussi des amis dans la boue et les rizières, après avoir été meurtri au plus profond de son cœur et dans sa chair (2 trépanations pour enlever des éclats de grenades plantés dans la tête), après avoir voulu défendre des idées et valeurs auxquelles il était très attachées, mon père s’est éteint dans la douleur de ses souvenirs, dans la souffrance de sa mémoire, avec les images épouvantables d’un esprit torturé où le passé se confondait avec le présent.

D’après le philosophe Saint Augustin, le présent est toujours coincé entre ce qui était (le passé) et ce qui n’est pas encore (le futur).
Autrement dit, le vécu n’arrive pas à disparaitre, mais il crève le mur du présent, il s’impose au présent.
Ainsi, selon ce philosophe, le présent est donc un temps qui n’existe pas, car il est soit la conséquence du passé soit l’anticipation d’un futur.
En harmonie avec cette vision de choses, il semble que de nombreux vétérans du Vietnam n’ont plus la capacité de construire à nouveau le moment présent et sont dans l’impossibilité de se projeter dans un futur ou simplement d’imaginer un avenir plus serein.
Cette guerre terrible, les a maintenu dans un passé torturant et dans un permanent sentiment d’anxiété et d’insécurité.
Sans ressentir de culpabilité à propos de « choses » que j’ignorais, je peux vous dire que je ressens une tristesse profonde de ne pas avoir compris plus tôt ce que mon père éprouvait.
Un terrible sentiment de solitude et d’isolement, l’incapacité de décrire ce qu’il voyait quotidiennement et puis notre inaptitude à comprendre, notre refus d’accepter cette rupture dans le temps.
Notre père ne pouvait pas donner ce qu’il n’avait plus, ce qu’il avait laissé « là-bas » alors que nous avions besoin de lui « ici »…nous n’étions plus sur la même planète.
La planète Vietnam était en même temps son refuge et son supplice, une source d’angoisse et le lien avec la seule réalité qu’il ne voulait pas ou qu’il ne pouvait pas fuir.
Sans vouloir aborder une question qui a été l’objet de nombreux ouvrages, discussions, débats…cela m’a amené à réfléchir plus gravement aux séquelles laissées par la guerre du Vietnam sur plusieurs générations.
Dans mes recherches, j’ai trouvé un reportage intitulé ‘Les âmes errantes’, réalisé par Boris Lojkine et passé en salle en 2007.
Ce film met en scène deux anciens soldats, Tho et Doan, en train de rechercher les tombes de leurs camarades dispersés au quatre coins du Vietnam dans l’espoir de ramener les corps à leur famille.
En route, ils vont rencontrer Madame Tiêp, une femme encore hantée par la perte de son mari qu’elle n’a plus jamais vu.
Ainsi, c’est le poids de ces morts (des centaines de milliers de soldats vietnamiens n’ont jamais été retrouvés) qui forcent les vivants à se mobiliser et à agir près de trente ans plus tard.
Le réalisateur dit une phrase (plus particulièrement à propose de Madame Tiêp) que personnellement je trouve sublime : « Le chagrin de la guerre n’admet aucun apaisement et le malheur de cette femme semble irrévocable. C’est une vie gâchée. C’est donc à travers ses cris et ses pleurs qu’elle peut enfin aller jusqu’au bout d’elle-même, envers et contre tous ».
Ma réflexion personnelle et les éléments apportés par de tels reportages ou ouvrages relatant des faits vécus me remplissent d’humilité et de compassion en réalisant une nouvelle fois que quelque soit la couleur de notre peau, la forme de nos yeux, nos origines nationales ou tout autre différence, « la souffrance est universelle ».
Personne, ne devrait avoir le droit de faire souffrir un être humain, lui arracher son âme, sa vie, son futur, sa paix, sa famille ou tout autre chose sous prétexte de soutenir une idée ou une opinion.
Malheureusement, il semble que l’histoire se répète et qu’en de nombreux endroits du monde, les idées extrêmes, le fanatisme, les attentats, les enfants soldats continuent sans que les hommes trouvent un moyen d’y remédier durablement.
Mon père a peut être bien fait de s’en aller maintenant.
Il est enfin aller rejoindre cette armée d’âmes perdues qui continuent de hanter les vivants pour les aider à ne pas répéter les mêmes monstruosités.
Malgré tout ce qui nous torture, je veux néanmoins garder confiance et foi dans l’avenir.
Ma conviction la plus profonde est que l’humanité est promise à un destin rayonnant.
Je veux garder mon esprit fixé sur l’image d’une terre où l’on aura enfin fait cesser les guerres, sur laquelle nos enfants pourront rire et s’amuser sans crainte, où les hommes et les femmes pourront s’épanouir et utiliser pleinement leur énergie et leurs extraordinaires talents pour construire un monde où chacun dira « plus jamais ça ! ».

Horizon du Vietnam
Sources ayant servies à réaliser ce billet :
http://www.evene.fr/cinema/actualite/interview-boris-lojkine-ames-errantes-vietnam-637.php

2 Réponses à ce jour
David
novembre 29th, 2009
16:41
Très bel article plein de vérité et de sincérité!!
(Je vais vite aller chercher plus d’informations sur le film cité)
aldo
mai 7th, 2010
23:08
Ce que tu dis est plein de vérité et de tristesse, mais surtout plein d’espoir! et c’est ce qui nous fais tous avancer. bonne continuation.
Vous pouvez laisser un commentaire